On tient, mais on est encore “cassés” par l’épisode : Emma est blessée et ça la rend plus nerveuse que d’habitude (elle déteste rester en retrait). On a eu un vrai choc avec Luffy plus tôt (ça a pesé sur l’humeur de Françus), puis un contrecoup plus “positif” : un repas festin a fait retomber la pression et a remis de la cohésion. La faim n’est plus une urgence immédiate (lapins, puis sanglier), mais la confiance dans la nourriture est devenue une question à part entière. Globalement : on avance, mais on est fatigués, et on n’a pas de quoi dormir confortablement.
Ce matin, on a eu la preuve qu’on n’était pas seuls, même quand on se croyait à l’abri.
Faits. Dans le garage, la porte était ouverte et il y avait des traces boueuses qui faisaient le tour de la voiture. Elles ressemblaient à des pas humains très grands, pieds nus, et il y avait aussi un autre type de traces, plus petites, en bottes. Je note une incertitude : je ne sais plus si c’est Françus qui a capté le truc en premier ou si on a tous convergé en même temps, mais le constat final, lui, était clair.
Analyse. Deux types de pas, deux gabarits, et une inspection complète du véhicule : ça ressemble moins à “quelqu’un qui passe” qu’à “quelqu’un qui jauge”. Le pire, ce n’est pas l’intrusion : c’est la tranquillité avec laquelle elle a eu lieu.
Décision. J’ai choisi de raisonner simple : pas de grand discours, pas de fantasme. On réveille, on observe, on reste groupés. Et on garde en tête que notre première faiblesse, c’est ce qu’on laisse “ouvert” quand on dort.
On n’a pas eu le temps de faire beaucoup de plans : la violence s’est imposée.
Faits. À la ferme, un vieux était planqué derrière un tracteur, à moitié caché, arc en main, en train d’encocher. Je me suis déplacé au plus vite vers un couvert, puis je suis allé le chercher. Dans l’élan, j’ai frappé avec la machette et je lui ai ouvert le bras qui tenait l’arc : pas une fracture, mais assez pour l’handicaper pour tirer.
Analyse. Un tireur à distance, même vieux et crasseux, te tue “proprement” : sans te laisser l’option de fuir. Il faut casser l’angle, puis casser sa capacité à continuer. Le contact est sale, mais c’est souvent ce qui sauve un groupe.
Décision. Je suis resté sur l’essentiel : neutraliser la menace “loin”. Le reste, c’est du bruit. Ça ne m’empêche pas de noter que la scène a laissé des traces chez nous (et pas seulement dans la boue).
Après ça, j’ai eu besoin d’un truc stable. On s’est donc remis à faire ce qu’on fait depuis le début : survivre par l’organisation.
Faits. On a repéré un endroit pour se poser, mais le SUV ne pouvait pas s’enfoncer : on l’a laissé en lisière et on l’a camouflé avec branches et bâche. En observant, on a vu des traces de roues : pas du jour, mais assez pour dire qu’on n’était pas les seuls à passer par là. Ensuite, je me suis lancé dans un abri simple : un plancher surélevé et un petit toit en pente. Ghout a aidé, ça a accéléré. Emma a voulu participer, j’ai refusé : elle était blessée, et je ne voulais pas la “perdre” sur une journée de bricolage.
Analyse. Camoufler, ce n’est pas “être invisible”. C’est acheter du temps. Les traces de roues sur la route, c’est un signal faible : ça veut dire qu’on est sur un axe où la rencontre est statistiquement inévitable. Quant à l’abri : la surélévation, c’est du confort, oui, mais surtout du risque en moins (bêtes au sol, humidité, mauvaises surprises). Et c’est une manière de remettre le groupe dans un rythme : “faire”, au lieu de “subir”.
Décision. J’ai choisi la stabilité : un camp discret, un abri rapide, et une règle implicite — on ne s’éparpille pas quand on est déjà abîmés.
Quand l’abri a tenu, la journée s’est enfin autorisée un moment où on a respiré.
Faits. On a préparé les lapins et on a fait un repas gargantuesque, au point que ça a été noté comme un moment de cohésion. Le feu a crépité, on a ri, on a raconté nos déboires. On était en fin de journée, le jour déclinait.
Analyse. Ça peut paraître “du luxe”, mais c’est de la survie mentale. Un groupe qui ne rit jamais finit par se briser, ou par devenir dangereux pour lui-même.
Décision. J’ai laissé faire. Et j’ai observé : qui se détend, qui reste en alerte, qui craque quand l’adrénaline retombe.
Et puis la chasse est revenue nous remettre la tête dans le concret.
Faits. Le sanglier nous a donné un combat sale. Le moment marquant, c’est Emma : en glissade derrière l’animal, elle l’a frappé aux testicules, au point qu’ils “explosent au contact”. Le sanglier est tombé, hors de combat, et quelqu’un a ensuite tranché la gorge pour en finir.
Analyse. Ce n’est pas joli, ce n’est pas glorieux. C’est efficace. Et ça dit quelque chose sur Emma : elle encaisse les humiliations, mais quand elle choisit de frapper, elle frappe pour finir. Ça dit aussi quelque chose sur nous : on est capables d’aller au bout, même quand c’est répugnant.
Décision. J’ai surtout pensé “transport, feu, découpe” — et au fait que manger n’a de sens que si ça ne nous rend pas malades.
Le lendemain, la menace est revenue sous une forme différente : sociale, organisée, ambiguë.
Faits. On a été réveillés par un bruit de moto. On s’est cachés à l’orée de la forêt et on a vu un sidecar : deux occupants, dont un grand maigre avec un imperméable sale et un vieux masque à gaz à trompe. Ils n’avaient pas l’air spécialement armés, mais on a noté un signe : il leur manquait à tous les deux le petit doigt de la main droite. Et dans le dos, un dessin : on a reconnu le logo des Echos (groupe éco-terroriste lié à l’effondrement, comme ça a été formulé). La discussion a dérapé quand ils ont parlé de “la petite”, et Emma a répondu par une gifle. Igor a eu l’air d’apprécier. Ils ont été évasifs sur ce qui se passe au Puy du Fou.
Analyse. Leur marque (le doigt), leur logo, leur manière de remonter nos traces : ça ressemble à un groupe, pas à deux perdus. Et un groupe, c’est une mémoire, des règles, des représailles possibles. Je note pour moi que je ne leur fais pas confiance. Pas parce qu’ils sont “méchants” à chaque phrase — mais parce que leur façon de tester les limites est exactement celle qui précède les ennuis.
Décision. J’ai voulu qu’on passe notre chemin, qu’on ne s’enferme pas dans leur jeu. On écoute, on garde nos infos, on ne donne pas de prise. Et on se prépare à l’idée qu’ils peuvent recroiser notre route.
- Abri surélevé (plancher, petit toit) : nuit plus sûre, moral plus stable.
- Camouflage du SUV (branches + bâche) + constat de traces de roues : zone pas déserte.
- Arc léger récupéré (pris “au vieux”) : option de chasse/dissuasion.
- Nourriture : lapins + sanglier (mais la viande peut être un risque si on gère mal).
- Signal fort : présence d’un groupe identifié “Echos” + signe du petit doigt manquant.
Pour l’épisode suivant, je veux quelque chose de très simple et très concret :
- Une routine de sécurité : rien d’ouvert la nuit, zones d’approche repérées, et un réflexe clair si on retrouve des traces au réveil.
- Un protocole de rencontre : une personne parle, les autres observent. On garde toujours un angle de fuite. On ne “joue” pas aux provocations d’un groupe inconnu.
- Une discipline alimentaire : on ne se laisse pas griser par la viande. On prépare, on cuit, on évite de tomber malade pour rien.
- Un cap : on continue vers le Puy du Fou, mais on accepte qu’on entre dans une zone où les gens ont des signes, des logos, et des intérêts.