Je vais écrire ça parce que sinon, demain, quelqu'un va raconter l'histoire comme si j'étais "le mec qui a paniqué pour son chien". Et je refuse. Je refuse fort.
Le matin
La porte du garage ouverte, la boue, le tour complet autour du véhicule. Je regarde et je comprends immédiatement : c'est pas des pattes. C'est des pas humains. Grands. Nus. Et — cerise sur le cercueil — un autre passage, en bottes, plus petit. Donc c'est au moins deux personnes, et elles ont eu le temps de faire leur inspection pendant qu'on dormait. Super.
Et là, évidemment, Ghout n'est plus là parce qu'il est parti chasser "comme d'habitude". On me demande de rester calme, de ne pas "dramatiser"… mais excusez-moi : dans quel monde on quitte un groupe au moment où on découvre qu'on a été approchés la nuit ? (Ah oui, pardon : dans le nôtre.)
La ferme
Ensuite, ça dégénère à la ferme, et je vais être très honnête : je déteste ce que je deviens dans ces moments-là. J'essaye d'être une bonne personne. Je le suis. Le problème, c'est que le monde insiste pour me mettre des choix de merde dans les mains.
Je revois Luffy. Je le revois sauter. Je le revois s'accrocher. Et je revois ce moment où le gros connard lui met un coup de tête. Quatre réussites, "dégâts colossaux", et surtout ce crack qui te fait comprendre avant tout le reste que ton chien est peut-être en train de mourir. Il tombe. Il est inanimé. Et moi, je passe de "je parle fort" à "je tue". Ce n'est pas un choix réfléchi. C'est un réflexe de panique.
J'ai lancé mon couteau. "De rage." Le couteau se plante à la base de la nuque, et le monstre s'affale. Et à ce moment-là, un truc en moi respire… jusqu'à entendre le cri venu de la ferme. Parce qu'il y a toujours un "jusqu'à".
La flèche se plante à quelques mètres. On ne sait même pas si elle visait Luffy ou le monstre. Et là, derrière le tracteur, apparaît le vieux : crasseux, arc en main, voix aiguë. Pas solide, mais déterminé. Et la détermination, c'est plus dangereux que les muscles.
On a pris l'arc ensuite. Et bien sûr, ça devient une comédie : "qui a les flèches ?" "Françus les a." "Françus veut les empoisonner." "Françus veut les lancer à la main." Oui. Peut-être. Parce que moi, contrairement à certains, je prépare. Je pense à demain. Je pense à la prochaine fois où quelqu'un nous regardera dormir.
Le débat Luffy / Emma
Sauf que ma priorité, dans l'instant, c'était Luffy. Et là on a eu droit à l'éternel procès : "tu veux soigner ton chien plutôt qu'Emma ?" Oui. Je veux soigner mon chien. Et non, ça ne veut pas dire que je m'en fous d'Emma. Ça veut dire que mon chien vient de prendre un crack dans la tête, qu'il ne peut pas parler pour demander de l'aide, et que si je le perds, je perds un morceau de moi dans ce monde. Et j'en ai déjà perdu beaucoup.
Camp
Après, camp. Angus construit son truc surélevé, son parquet à 40 cm, son petit toit. C'est bien. C'est même très bien. Moi, pendant ce temps, je fais ce que personne ne voit mais que tout le monde utilisera : je cherche des plantes, je prépare du soin, puis du poison. On me vanne, on m'appelle "toxique", mais au moment où il faudra que ça pique fort, tout le monde sera content que je sois "toxique".
Le sanglier
Je suis obligé d'en parler parce que c'est devenu un symbole : Emma et ses gifles. D'abord, elle essaye de lui mettre une baffe. Elle rate et lui fait une caresse. Puis elle fait l'inverse : chirurgicale. Glissade, bras armé, frappe… et on nous explique tranquillement que les testicules du sanglier sont "extrêmement proéminentes" (merci Copain des Bois, livre complètement imba), et BOUM, "elles explosent au contact". Le sanglier tombe, hors de combat, et quelqu'un vient lui trancher la gorge.
Et après, parce que l'univers a de l'humour noir, on parle de récupérer "ce qui reste des testicules" comme caoutchouc pour fabriquer une fronde. Je l'écris et j'entends déjà ma propre voix rigoler alors que ça devrait me dégoûter. Voilà où on en est.
Zeff & Igor
Je ne les aime pas, mais je ne les hais pas. C'est différent. Ils arrivent sans armes visibles, mais Igor a des mains solides. Il leur manque le petit doigt droit à tous les deux. Et surtout, dans le dos : le logo qu'on reconnaît tous. EKKO. Là, j'ai senti le groupe se raidir en même temps, comme si on avait tous eu la même pensée : "ça y est, on a croisé une histoire plus grande que nous."
Igor lâche "combien pour la petite". Emma répond qu'elle va lui "péter les couilles". Et elle lui colle une gifle. Shlack. Et Igor… aime ça. Ils parlent de "petit concours de gifle". Et j'ai eu une pensée que je n'assumerai pas devant les autres : ce concours de gifles a peut-être évité une vraie violence. Parce que s'ils avaient voulu, ils auraient fait autrement. Là, ils testent. Ils regardent si on est "du genre à mordre".
Et au passage : ils ont demandé si je voulais vendre mon chien.