Je vais être clair : je vais bien.
Oui, il me manque les jambes. Oui, tout le monde insiste beaucoup là-dessus. Oui, on me porte, on me traîne, on me parle de chaise roulante, de chrome et de cheville foulée. Mais je vais bien. J'ai du style. Ça compte.
On a commencé dans une ruelle, sous la pluie, avec le Notel Motel qui brûlait derrière nous et la caisse d'Elzy qui finissait en brasier. Biotechnica venait de nous envoyer un message pour nous dire qu'ils pouvaient peut-être aider. Je n'aime pas le "peut-être". Dans notre état, "peut-être", c'est déjà une menace.
Elzy s'est fait planter juste après. Trois coups dans le ventre. Le type bossait pour Vega, ou en tout cas il venait avec son message : la prime sur elle passait à 29 000 eddies. Elle lui a coupé la tête. Net. Je n'ai pas pu faire grand-chose, pour des raisons évidentes, mais franchement, elle n'avait pas besoin de moi.
Les Kimengumi sont arrivés. Buraï, le chef sécurité du coin, voulait savoir pourquoi il avait une tête par terre, un motel en feu, une voiture cramée et nous dans son quartier. C'est une bonne question. Pas forcément le bon moment. Mike soignait, Gourdin dansait, Star a fini par envoyer une vidéo de Spectra pour montrer qu'on avait surtout été piégés. Buraï a acheté l'idée. Il est reparti chercher la vieille folle.
Répondre à Biotechnica.
Après ça, on a choisi de répondre à Biotechnica. Rendez-vous avec Fiona Mercer, 1h30, bar Sakura. Avant d'y aller, on devait passer au Rokumeikan.
Sur le chemin, Star a commencé à faire n'importe quoi avec les machines. Les distributeurs lui crachaient du fric. Les caméras la suivaient. Les écrans buguaient. Moi, j'ai vu une opportunité très simple : avec cet argent, on pouvait m'acheter des jambes chromées. C'est logique. C'est même moral, vu que dans mon souvenir récent, Star n'est pas complètement étrangère au fait que je sois dans cet état. Elle dit que c'est Navarro. Peut-être. Tout finit toujours par être la faute de Navarro, de toute façon.
Des petits punks sont venus l'emmerder pour l'argent. Elzy en a tué un. Les autres ont fui. J'avais mon arme prête, mais encore une fois, sans jambes, c'est compliqué de jouer les remparts. Je note que si j'avais eu des jambes à ce moment-là, j'aurais probablement pu aider davantage. Voilà.
Puis Jenny m'a appelé.
Jenny du Redline. Elle avait un problème : j'avais tué El Toro, son meilleur combattant, et maintenant les parieurs attendaient leur champion. Les Tiger Claws organisaient les paris, et sans combattant, ils allaient lui tomber dessus. Elle voulait que je vienne ce soir. J'ai expliqué que je m'étais foulé la cheville. Je lui ai envoyé une photo. Elle a trouvé que j'avais la classe, puis elle a remarqué qu'il me manquait les jambes. Elle m'a dit qu'elle en avait en stock. Trois modèles. Si je venais combattre, elle pouvait me les installer.
Je ne vais pas mentir : j'ai hésité.
Des jambes. Un combat. Des gueules à casser. Ça avait du sens.
Mais le groupe avait le rendez-vous Biotechnica. On a déjà assez de dettes, de primes, de corpos et de tarés aux trousses. Je lui ai dit non. Elle m'a insulté, m'a rappelé que j'avais arraché la colonne d'El Toro, puis elle a raccroché. Je pense que ça ne va pas rester sans conséquence. Rien ne reste sans conséquence dans cette ville.
Au Rokumeikan, Gourdin avait fait nettoyer les problèmes avec un peu trop d'enthousiasme. L'endroit était détruit, plein d'eau et de sang, mais il avait payé. Yuyu était presque impressionnée. Moi, j'ai surtout retenu qu'on pouvait boire, souffler, et que tout le monde faisait comme si mes jambes étaient une option administrative.
Plus tard, au bar Sakura, la sécurité m'a proposé une chaise roulante. Elzy a dit que ce n'était qu'une entorse. J'ai gardé le style. Le type s'est excusé, parce qu'il a compris qu'il était face à une nouvelle vague. Peut-être que je viens d'inventer un look. Peut-être pas. En tout cas, j'ai demandé un verre.
Fiona Mercer nous a reçus.
Fiona Mercer nous a reçus. Corpo, propre, trop calme. Elle nous a parlé de Biotechnica, de Géraldine, de HBG, d'ARN cognitif. Apparemment, on devait être des coquilles vides, mais Géraldine a bricolé les données et nous a donné une conscience. Elle aurait caché ses recherches. Biotechnica veut qu'on les retrouve. En échange, ils mettraient leurs ressources pour essayer de nous sauver.
Encore "essayer".
On a demandé des choses concrètes. Une voiture, des fonds, de la sécurité, des jambes. Oui, j'ai demandé des jambes. J'insiste : besoin prioritaire. Mercer a trouvé qu'on était déraisonnables. Elle est partie en laissant son numéro.
Je ne sais pas si on a raté notre meilleure chance ou évité une nouvelle laisse.
Je sais juste que je suis toujours vivant.
Et toujours sans jambes.
FORMERLY : SUBJECT_ALPHA
DATE : 2045 // RUELLE KABUKI → BAR SAKURA
NODE : NODE_ALP-01 // REFUS_DE_VIVRE